Attaque à Notre-Dame : « Dans la cathédrale, tout le monde a gardé son calme » | La Croix

La haine ne doit pas anéantir nos cœurs. Rester unis et solidaires peut nous aider à faire face à ce genre d’événements.

Un policier devant la cathédrale Notre-Dame de Paris le 6 juin après l’attaque / BERTRAND GUAY/AFP

Propos recueillis par Julianne Paul, le 07/06/2017 à 17h09

ENTRETIEN Mgr Éric de Moulins-Beaufort, présent mardi 6 juin à Notre-Dame lors de l’attentat contre un policier sur le parvis de la cathédrale, revient sur les événements.

La Croix : Que s’est-il passé à l’intérieur de Notre-Dame de Paris lors de l’attaque d’un policier sur le parvis, mardi 6 juin ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort : Lorsque les coups de feu ont éclaté, les gens qui faisaient la queue pour visiter Notre-Dame ont commencé à se presser pour entrer. Il y a eu un mouvement de foule. Mais le service de sécurité a été très réactif et a vite fermé les portes après avoir laissé entrer tout le monde. Je suis arrivé dix minutes plus tard et j’ai trouvé des centaines de personnes assises sur les bancs, dans le calme. À la demande de la police, j’ai demandé à l’assistance de lever les mains en l’air car les forces de l’ordre pensaient qu’un complice de l’assaillant s’était glissé parmi la foule. Cela a duré une dizaine de minutes.

Avec un autre évêque auxiliaire, Mgr Denis Jachiet, nous avons ensuite arpenté les rangs pour rassurer les personnes et relayer certaines informations que nous communiquait la police. Nous n’avons pas tout dit car nous ne voulions pas effrayer l’assistance. Plus tard la maire de Paris, Anne Hidalgo, est venue sur place un moment, en toute discrétion. Nous avons aussi prié en anglais et en français, avec ceux qui étaient là. L’évacuation s’est faite dans le calme, aux alentours de 18 heures. Peu après, les forces de l’ordre sont revenues avec des chiens policiers fouiller la cathédrale une dernière fois par mesure de sécurité. La vie a ensuite repris son cours. Le concert prévu le soir même à 20 h 30 a été maintenu.

Allez-vous mettre en place un dispositif d’urgence particulier suite à cette attaque ?

Mgr E.M.B. : La sécurité a été assurée du début à la fin. Les policiers ont réagi efficacement et très rapidement, tout comme le service de sécurité de Notre-Dame. Il n’y a pas eu de failles à ce niveau-là. Nous sommes conscients depuis longtemps que ce genre d’événements peut survenir n’importe où, n’importe quand.

Pour autant, il faudrait améliorer le dispositif d’accueil des personnes retranchées en cas d’attaques. Il n’y a pas beaucoup de points d’eau dans la cathédrale, il était difficile d’assurer la distribution. Nous devons revoir le système des toilettes également. Si des centaines de personnes se retrouvent de nouveau confinées à l’intérieur, il faut leur assurer les meilleures conditions d’accueil possibles. Aujourd’hui, il faut malheureusement avoir à l’esprit que ce genre d’événement peut se reproduire.

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Comment résister à la peur ?

Mgr E.M.B. : Pendant cette attaque, il y a eu une belle discipline collective dans l’assistance. Tout le monde a gardé son calme et sa dignité. Les gens sont restés unis. C’est une manière de résister à la peur. L’humanité est faite pour vivre en communion et il faut à tout prix l’entretenir, même si nous sommes conscients que nous vivons dans un monde compliqué. La haine ne doit pas anéantir nos cœurs. Rester unis et solidaires peut nous aider à faire face à ce genre d’événements.

Propos recueillis par Julianne Paul

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 Justin Welby :« Il existe une théologie religieuse derrière ces attaques terroristes »
Anne-Bénédicte Hoffner, le 07/06/2017 à 12h02
Interrogé par la BBC après l’attentat qui a eu lieu à Londres samedi 3 juin, Justin Welby, archevêque de Cantorbéry et primat de la Communion anglicane, a appelé les responsables religieux à « prendre leurs responsabilités » pour lutter contre « les atrocités commises au nom de leur religion ».

L’archevêque de Cantorbéry, Dr.Justin Welby lors d’un rassemblement interreligieux devant l’Abbaye de Westminster, deux jours après après les attentats de Manchester, le 24 mai 2017.
L’archevêque de Cantorbéry, Dr.Justin Welby lors d’un rassemblement interreligieux devant l’Abbaye de Westminster, deux jours après après les attentats de Manchester, le 24 mai 2017. / Chris Ratcliffe/AFP

Tout au long de l’histoire et dans toutes les grandes religions, les traditions religieuses et les Écritures saintes ont été « tordues et mal utilisées » par les fidèles, parfois même encouragés par leurs responsables. Aujourd’hui, ces derniers doivent donc reconnaître que « des atrocités » peuvent être commises au nom de leur religion, a estimé mardi 6 juin le Dr Justin Welby, archevêque de Cantorbéry et primat de la Communion anglicane, interrogé dans l’émission « Today » de la radio BBC 4.

« Si quelque chose se passe dans notre propre tradition religieuse, nous devons le dire et prendre nos responsabilités en étant très, très clairs pour le contrer », a-t-il poursuivi, tout en soulignant la très ferme condamnation et au plus haut niveau des responsables musulmans britanniques.

Un problème global, générationnel et idéologique

Interrogé sur cette phrase souvent entendue selon laquelle « les attaques terroristes n’ont rien à voir avec l’islam », Justin Welby a pris ses distances : « Je ne pense pas que cela nous amène quelque part. »

À ses yeux, le problème des attentats est triple : « global, générationnel et idéologique ». « Il existe une théologie religieuse derrière ces attaques terroristes. Elle doit être contrecarrée », estime le primat de la Communion anglicane, convaincu que nier le rôle joué par l’islam dans les attentats récents revient à nier celui « du christianisme dans le massacre de Srebrenica en 1995 en Bosnie ».

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« Nous devons contrer cette [théologie] dans notre propre tradition de foi et dire pourquoi ce n’est pas acceptable, pour enseigner aux gens et pour éduquer les gens », a-t-il expliqué.

Analphabétisme religieux

Dans un pays sous le choc de deux attentats, à Manchester puis à Londres, le responsable anglican a donc clairement indiqué ses attentes à l’égard de la communauté musulmane et de ses responsables.

Mais il n’a pas oublié non plus le reste de la société britannique, critiquant le « très grave manque d’alphabétisation religieuse » des responsables de la lutte contre l’extrémisme, incapables de « comprendre les doctrines fondamentales de la foi avec lesquelles ils traitent ».

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À ses yeux, le Royaume-Uni doit également parvenir à tracer « une ligne » claire entre conservatisme et extrémisme. « Notre histoire et notre culture permettent aux gens d’avoir des points de vue très différents, mais cette ligne doit porter sur la violence et l’incitation au dénigrement d’autrui », avance-t-il, soulignant le désir d’une vaste majorité des citoyens britanniques de continuer à vivre ensemble.

Il ne s’agit donc pas de cibler « un groupe uniquement en raison de sa foi » mais uniquement en raison « des actes que ses membres posent au nom de leur foi », prévient-il, alors que le débat risque de s’enflammer à nouveau sur les mesures à prendre pour contrer l’islamisme radical.
Anne-Bénédicte Hoffner

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