Déclaration sur l’avortement : le vicaire général de la Mission de France défend le MRJC | La Croix

Deux jours après qu’un évêque a condamné fermement le Mouvement rural de jeunesse chrétienne pour ses propos favorables à l’avortement, le père Arnaud Favart prend au contraire sa défense dans une lettre ouverte, vendredi 26 janvier.

Gauthier Vaillant , le 26/01/2018 à 17h57

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P. Arnaud Favart. / Romain Carreau/Ciric 

Après une semaine, la polémique déclenchée par une déclaration du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) sur l’avortement continue de susciter des réactions. Le père Arnaud Favart, vicaire général de la Mission de France, a en effet pris la défense de ce mouvement dans une lettre ouverte, vendredi 26 janvier.

« Si tu ne le fais pas sauter, je te quitte ! »

Lequel d’entre nous n’a pas reçu un jour cette confidence de la part de femmes en détresse ? Elle a ses variantes : « je te dénonce » ou « je te vire ». J’en ai encore le vertige quand leur visage ou leur récit frappe à la porte de ma mémoire. Combien de jeunes filles, de jeunes femmes de tout milieu, ont vécu une grande solitude, abandonnées par leur compagnon au moment où leur vie basculait dans l’inconnu ? Encore que l’égalité des milieux n’ait ici rien d’objectif, tant la misère s’incruste dans un monde plutôt que l’autre. L’environnement familial n’est pas toujours disposé à entendre ce qui dérange l’ordre rêvé et ce qui déroge à ses valeurs espérées. L’environnement social n’est pas toujours disposé à accompagner avec la délicatesse voulue le choix d’une vie inattendue. Et l’on voudrait que la décision pèse de droit et de tout son poids sur deux seules épaules.

Oui, l’avortement est un drame. L’histoire de l’humanité en a écrit de pleines pages. Mais, à quel moment commence le drame ? Dans l’antichambre de l’hôpital ou dans les évènements qui l’ont précédé. Quels évènements ? Terrible euphémisme pour désigner des rapports homme-femme chargés de passion pas toujours légère ni confortable. L’Eglise sait faire la différence entre l’acte et la personne. Elle mesure la portée du lien, mais l’exprime avec maladresse si bien que le sentiment d’exclusion l’emporte trop souvent.

La prise de position du MRJC a quelque chose de dérangeant. Il serait tentant de l’écarter d’un revers de main, pour que l’eau ne soit plus troublée par quelques pavés impurs jetés dans la mare. Je n’ai pas envie de la recevoir comme une prise de position de plus dans la nébuleuse agitée des réseaux sociaux. Je l’accueille comme un cri jailli de la vie de femmes, d’hommes, de familles pris dans la tourmente. Je la reçois parce que je connais l’ardeur des jeunes du MRJC à promouvoir la vie dans les territoires ruraux désertés au profit des métropoles et de la compétitivité. Je sais leur engagement pour l’agro-écologie et le développement durable, pour la paix et le désarmement, pour l’éducation à l’initiative et à responsabilité. Je leur tends la main parce que je reconnais en eux quelque chose du rêve du pape François. Des jeunes chrétiens qui sentent l’odeur des brebis, qui se font hôpitaux de campagne au chevet des accidentés de la vie. Ils aiment le C de leur attache chrétienne, même s’ils n’en maitrisent pas toutes les arcanes théologiques. Au cas où nous l’aurions oublié, ils nous rappellent que l’injustice et l’exclusion n’évangélisent jamais.

Arnaud Favart

Vicaire général de la Mission de France

Accédez à l’intégralité du texte d’Arnaud Favart  : http://missiondefrance.fr/actualites/a-la-une/

Les étapes de la controverse

Rappel des faits : vendredi 19 janvier, le MRJC publie un communiqué pour se « désolidariser » de la Marche pour la vie, qui avait lieu le lendemain à Paris. Il dénonce le message de « haine » colporté par cet événement, « sous couvert de valeurs chrétiennes ». Et il présente l’avortement comme un « droit fondamental pour les femmes et les couples ».

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Samedi 20 janvier, après avoir suscité l’indignation de nombreux catholiques sur les réseaux sociaux, et ayant vu son communiqué dénoncé par Vincent Neymon, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France (CEF), le MRJC publie un deuxième message de « précision ». Il appelle au « dialogue » sur la question de l’IVG, sans revenir sur les propos du premier communiqué.

Mercredi 24 janvier, l’évêque de Montauban, Mgr Bernard Ginoux, annonce dans une lettre au MRJC, qu’il transmet aux médias et aux autres évêques, qu’il ne reconnaît plus le mouvement comme « catholique » et que son diocèse ne leur prêtera plus aucune aide financière et matérielle.

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Le père Favart « tend la main » au MRJC

C’est donc comme une réponse à la sanction sans appel de Mgr Ginoux que sonne la lettre du père Favart. Pour le prêtre, la déclaration du MRJC est « un cri jailli de la vie de femmes, d’hommes, de familles pris dans la tourmente ».

Il rend hommage à « l’ardeur des jeunes du MRJC », en qui il dit reconnaître « quelque chose du rêve du pape François ». Il liste l’engagement de ces jeunes « pour l’agro-écologie et le développement durable, pour la paix et le désarmement, pour l’éducation à l’initiative et à la responsabilité ».

« Ils aiment le C de leur attache chrétienne, même s’ils n’en maîtrisent pas toutes les arcanes théologiques », estime-t-il pour expliquer la position du MRJC sur l’avortement. Tout en soulignant que celui-ci « est un drame », le vicaire général de la Mission de France dénonce au passage la « maladresse » de l’Église sur la question, estimant qu’elle donne un « sentiment d’exclusion » aux personnes que cela concerne.

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Cette lettre ne devrait pas être la dernière étape de ce feuilleton. En effet, Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort et président du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles, a indiqué récemment à La Croix que la prise de position du MRJC serait relue lors d’une grande rencontre organisée lundi 29 janvier à la CEF avec les présidents de ces mouvements et associations.

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Gauthier Vaillant

 

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